Monographie 1930

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Cette monographie a été rédigée pour les conférences pédagogiques de 1930.

Elle reprend des éléments de documents plus anciens, et publiés sur d'autres pages de ce site, que je ne reproduis pas ici.

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Souvenirs de l'époque médiévale et de l'époque moderne.

Amance (256 habitants) actuellement, est deux fois plus étendue que ne l'était la ville, mais son plan d'à présent permet de reconstituer son aspect d'autrefois. Alors comme aujourd'hui les maisons encerclaient un monticule qu'on appelle encore le "château" en souvenir de celui qui occupait la place et qui fut complètement rasé par ordre de Richelieu. On retrouve encore les pierres de l'ancien château dans les murs des maisons d'aujourd'hui.

D'après un ancien plan, le monticule dominant le village avait une superficie de 5 jours 3 hommées 2 toises carrées de Lorraine (107 ares); le sommet était occupé par le château qui formait un octogone irrégulier, des tours rondes en défendaient les angles; on voit encore les fondements de l'une d'elles avec un puits comblé. En 1774, le propriétaire : M. Chappé avocat au Parlement de Nancy, fit entourer le monticule d'un mur qui y est encore; les travaux accomplis à cet effet mirent à jour une grande quantité de pièces de monnaie. Le visiteur qui se trouve en haut du monticule, peut voir du côté du sud-ouest, ouest, en bas de la pente abrupte, une maison très grande qui à elle seule, occupe toute une rue et qui se termine par une imposante tour ronde : c'est le fief de Jumécourt, habitation du prévôt d'Amance.

Plus à l'ouest, c'est l'emplacement de l'ancienne chapelle; on y a construit une maison dont le propriétaire possède statue sans tête " la femme sans tête", seul vestige de la chapelle. Quelques autres maisons rappellent encore les antiques souvenirs: on y voit, plus ou moins mutilés, des restes de sculptures, des écussons au dessus des portes, des statues dans des niches, des fenêtres grillagées ou des cheminées gothiques.

Enfin, la vile était entourée de remparts dont il reste quelques pans d'une épaisseur de 1m,60 1m,65, les murs étaient eux-mêmes entourés de fossés encore visibles et aujourd'hui plantés d'arbres fruitiers.

La ville avait trois portes, la poterne dont le nom seul est resté pour désigner un chemin vers Laître, puis la porte d'en haut depuis longtemps disparue et enfin la porte d'en bas vers l'ouest dont une partie existait encore en 1918; on l'a abattue pour élargir la route; il ne reste plus qu'une empreinte dans les pavés du bord de la rue.

Les noms donnés à quelques uns des quartiers du village sont eux aussi des souvenirs : j'ai déjà parlé du lieu appelé la "Corvée des malades" et la Poterne, il y a encore les vignes le Duc, le chemin de la Grand'Halle.

Il me reste à parler de l'église qui est le seul monument bien conservé.

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Non loin de là, en 1919, en plantant le chêne de la Victoire, l'ouvrier a trouvé les restes de deux squelettes mêlés à des morceaux de braise - or on sait qu'au début du XVIIème siècle furent brûlées à Amance deux femmes: Jacotte femme de Nicolas Tixerant et Mariette femme de Claude Malfouchy, toutes deux accusées de sorcellerie... curieuse coïncidence.

La révolution.

Amance n'a pas dû avoir à souffrir de la Terreur; le plus grand danger venait de l'extérieur. cependant deux événements sont à signaler.

L'un a été transmis jusqu'à nous uniquement par la parole; cependant, malgré l'absence de documents écrits, il y a lieu de croire que les choses se sont passées comme je vais le dire, le village entier connaît l'histoire.

Donc, quand la Constituante eut établi la Constitution civile du clergé, un prêtre d'Amance, l'abbé Voinier, refusa de prêter serment et fut obligé de se cacher; il trouva un refuge dans l'ancienne maison du prévôt, il attendit là, pendant trois ans, la fin de la tourmente; quand la troupe venait opérer une perquisition, il se cachait dans un petit réduit pratiqué entre deux murs et pouvait, par une trappe, passer d'un étage à celui du dessous. Je tiens ces détails du propriétaire actuel de la maison, il a bien voulu me faire visiter le réduit avec la trappe.

(Histoire de l'abbé Bouchon)

Extraits des cahiers de doléances pour les tats généraux de 1789

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Sous la Restauration, le village eut pour maire un ancien colonel de l'armée française : Monsieur Mac Dermott de Moyloirg, d'origine irlandaise; il habitait le château de Fleur Fontaine et a laissé à Amance une réputation d'habileté dans l'administration de la commune et de générosité bien méritée.

Époque contemporaine.

De 1815 à 1871 aucun fait extraordinaire n'est à signaler; la vie de la commune coule régulière et monotone, comme la vie d'une population entièrement rurale pour qui le temps est la grande affaire et cela se comprend.

Puis vient 1870.

J'ai demandé aux bonnes vieilles gens d'Amance de rechercher dans leur mémoire les souvenirs de cette guerre, il y a peu de choses à dire.

A l'annonce de l'arrivée des Prussiens, les habitants avaient lâché leurs chevaux  à travers champs, en arrivant par la forêt de Champenoux, les Uhlans essayèrent en vain d'atteindre les animaux échappés. les régiments prussiens entrèrent à Amance le 15 août; ils prirent seulement le temps de réquisitionner : vin, pommes de terre etc.. et puis ils partirent vers Nancy pour ne repasser à Amance qu'après le paiement des 5 milliards. Entre ces deux passages la vie n'avait pas changé.

1914-1918

La Moselle donnée à la Prusse, Amance est avec la Rochotte de l'autre côté de Bouxières, l'éperon le plus avancé vers l'ennemi. Un peu avant la guerre dernière des travaux de fortifications furent commencés, travaux que la guerre vint interrompre; nul n'ignore qu'Amance fut un des points principaux du Grand Couronné , les ennemis arrivèrent au pied de la côte, des patrouilles de reconnaissances vinrent jusqu'à Fleur Fontaine, sur la pente à l'est, mais n'allèrent pas plus loin. Le village placé entre le front ennemi et Nancy eut continuellement à souffrir du passage des avions allemands qui laissèrent tomber à Amance les obus qu'ils n'avaient pas pu jeter sur Nancy. Aussi le village a gardé les tristes blessures de guerre: entre les maisons reconstruites ou d'autres restées debout on voit et on verra encore longtemps encore des tas de pierres abandonnées près de quelques pans de murs déchiquetés. Le village, qui se dépeuplait déjà avant guerre, n'a pas vu revenir tous ses habitants, et en perd quelques uns chaque année : jeunes gens qui vont chercher à la ville un gain plus sûr, et qui ne soit pas à la merci du temps.

La vie à Amance au cours des âges.

Les habitants de l'antique ville fortifiée d'Amance comme ceux du village actuel, ont toujours vécu du produit de la terre; de pères en fils, ils ont peiné dans leurs vignes et leurs champs plantés à flanc de coteau, ils ont transporté les récoltes à dos d'homme par des chemins rocailleux le long des pentes, jusqu'à leur demeure, tout en haut. Le village ne garde souvenir d'aucun commerce ni d'aucune industrie spéciale; ici, comme dans tous les villages, on faisait la toile sur place; les bons terrains, près des maisons, se nomment encore les "chènevières"; chaque famille avait son carré de chanvre; après la récolte on faisait rouir le chanvre sur le pré (Amance n'a pas de cours d'eau) à la pluie et à la rosée des nuits; puis la filasse obtenue, comme personne n'était outillé pour peigner le chanvre, il fallait attendre le passage des "chanvis" , ouvriers nomades, venus parfois de bien loin, au-delà de Lorraine; le chanvre peigné les femmes le filaient aux veillées d'hiver et chacune donnait son lot au tisserand d'Amance qui en faisait de la toile solide. Il y a environ cinquante ans une famille faisait encore sa toile; mais elle revenait plus cher que celle fabriquée en usine.

Ainsi la vie d'autrefois ressemble, en bien des points, à la vie d'aujourd'hui. La grande misère, ce fut toujours la guerre, la fuite devant l'ennemi, l'incendie, le pillage.

Mais il y avait des jours de fête aussi,; les baptêmes constituaient une réjouissance pour tout le bourg quand le sieur Seurot (Sureau suivant une autre orthographe) le héros du pays, était parrain et quand la marraine était demoiselle Dattelle, la demoiselle du château (registre des baptêmes, années 1666 à 1732).

Un jour, le bon duc Stanislas vint voir ses "enfants d'Amance"; il accepta l'hospitalité du prévôt et les gens regardaient curieusement par la porte pour voir le bon duc à table.

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