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AGINCOURT.

J’ai commis une erreur en disant que le village d’Agincourt, auquel j’ai attribué le nom latin d’Angeriaca villa, avait été donné, au Xe siècle, par la comtesse Eve, à saint Gauzelin ; c’est d’Aingeray qu’il est question dans ce titre

Agincourt n’en remonte pas moins à une époque très-éloignée, car il en est fait mention dans la confirmation des biens de l’abbaye de Sainte-Glossinde de Metz, faite par Louis de Germanie au. mois de novembre de l’année 875. On lit dans une traduction de cet acte, insérée aux preuves de l’Histoire de Metz, que l’abbaye de Sainte-Glossinde possédait Viller (sans doute Villers-les-Moivrons), Bouillonville, Leyr avec l’église et le patronage, Agincourt, l’église de Dompmartin avec le patronage et ses dépendances , savoir :

Haudeville, Montegu, Amance, Velane (Velaine), les dîmes et les offrandes et tout ce qui appartient à la chretienneté.... Les mêmes lieux sont encore rappelés dans une confirmation des biens de Sainte-Glossinde, faite par le pape Innocent II, le 28 avril 1139.

En 1130, le duc Simon avait donné à l’abbaye de Bouxières l’église de Pixerécourt et une partie des dîmes de Malzéville et d’Agincourt (de Augecourt). Il est aussi parlé de ce village, sous le nom d’Agencort, dans une charte d’Eudes, évêque de Toul (1176), pour l’abbaye de Clairlieu (H.L.)

En 1292, Ferry, duc de Lorraine, témoigne que Thiébaut d’Agincourt a quitté à l’abbé et au couvent de Saint-Arnou le moulin qui siet entre Dom Martin, Eumont et Agincourt, que ledit Thiébaut tenait à cens dudit abbé, pour 36 resaux[1] de woïn (wain, froment pur) qu’il devait audit abbé, et pour cent sols de toulois que l’abbé lui a délivrés. En 1303, l’abbé de Saint-Arnou acheta de l’abbesse de Sainte-Glossinde la moitié qu’elle avait au moulin dit le Chevalier et au pré joignant, situés sous Eulmont, et ce moyennant 15 resaux de mouture que l’abbé lui cède. Enfin, en 1467, le prieur de Lay attaqua les hoirs[2] d’un nommé Jean de Nancy pour les obliger à lui payer un resal de blé qu’il devait de cens sur un pré situé dans le ban d’Agincourt. Des contestations eurent lieu à ce sujet, « sur quoi les semblans (ou samblans, assemblée des anciens) d’Agincourt prononcèrent que selon la tenour et possession, le priour doit bien laissier en paix les hoirs de Jean de Nancey de la demande de ce qu’il les poursuit, et le semblant de Lay ait dit et par droit que ledit Pierreson (héritier de Jean de Nancey) ait bien à payer ledit censaul ou ôter la main de l’héritage. » L’avis des semblans d’Agincourt prévalut, et l’on négligea, depuis cette époque, de tirer le cens en question. En 1330, Alexandre, abbé de Saint-Arnou, et Nicoles de Moncler, prieur de Lay, afin de dégager ce prieuré des dettes dont il était accablé, admodièrent[3] tout ce qui lui appartenait à Lay, Eulmont, Bouxières-sous-Amance, Blanzey, Laye (Leyr), Amance, Ecuelle, Laître-sous-Amance, Dommartin, Agincourt, Séchamps, Monteu, Dommartemont, Saint-Max, Malzévjlle, Pincherecourt (Pixerécourt), Bouxières-aux-Dames et la pêche dessous Champigneulles, moyennant la somme de 1,600 livres de fors et différentes quantités de vin, blé, avoine, etc. (Pri. de Lay- Saint-Christophe.)

Le 21 novembre 1618, François de Renne donna ses reversales[4] au duc Henri, à cause de l’ascensement[5] perpétuel à lui fait du ruisseau d’Agincourt, moyennant 18 gros de cens annuel. Enfin, le 18 novembre 1655, Georges Collignon, sieur de Silly, reconnut tenir du duc de Lorraine, à faculté de réachat, les seigneuries d’Agincourt et de Villers-les-Moivrons, avec les deux tiers des grosses dîmes du village de Franc. (T. C. Amance et Nomeny.)

On lit dans les comptes du domaine d’Amance pour l’année 1528-29 : « La taille d’Angieucourt vault par chacun an soixante sols tournoys payant à deux termes l’année, assavoir à Paisques et Sainct Remy. Le gaignaige[6] que les dames de Saincte Glodsenes (Glossinde) de Metz tiennent audit lieu debvoit greixe[7] et charroys à Monseigneur le Duc et pieça[8] a estez apoinctés avec lesdites dames qu’elles paient chacun an huitz petits florins à deux termes l’année pour estre quidte d’icelle greixe et charroy, et. ce paient iceulx petits florins à la Nativité Sainct Jehan Baptiste et à la Nativité nostre Seigneur condit Noel. Monseigneur le Duc ait audit Angiencourt certaines droictures[9], assavoir les bestes trouvans (trouvées) par les banwars[10] faisant dommaiges tant ez bans dudit Angiencourt comme Dompmartin, dont chascune beste doit ung toulloy payant le mardy apres l’Apparicion Nostre Seigneur. Et y preignent lesdits banwars à cause d’office le tiers. »

La seigneurie d’Agincourt appartenait, en 1712, par suite d’engagement qui lui en avait été fait par le duc de Lorraine, à M. de Malvoisin, officier au service du roi.

Ce village était alors divisé en trois mairies celle de la haute justice, la mairie foncière appartenant à l’abbaye de Sainte-Glossinde, et celle du ban de Villé ou de Saint-Goëric, aux chanoinesses d’Epinal. Le ban de Villé, distinct de celui d’Agincourt, renfermait anciennement quelques habitations ou une métairie. En -1712, Agincourt comptait environ 50 habitants, y compris les veuves. L’abbaye de Clairlieu possédait aussi quelques propriétés dans ce village et sur son ban.

Il y a, aux Archives du département, un plan de la maison curiale d’Agincourt (1708) et un arpentage pour servir de terrier et reconnaissance des terres labourables et prés appartenant à la cure.

Patron, l’Assomption de la sainte Vierge.

[1] Environ 1 hectolitre

[2] héritiers

[3] mettre à bail (des redevances féodales), cf. affermer les impôts.

[4] C'est ainsi que l'on nomme en Allemagne une déclaration par laquelle l'empereur, ou quelqu'autre souverain de l'empire, fait savoir que par quelque acte qu'il a fait, il n'a point entendu porter préjudice aux droits d'un tiers. Ainsi, comme par la bulle d'or le couronnement de l'empereur doit se faire à Aix-la-Chapelle, lorsque cette cérémonie se fait ailleurs, l'empereur donne des réversales à la ville d'Aix-la-Chapelle, par lesquelles il déclare que cela s'est fait sans préjudice de ses droits, & sans tirer à conséquence.(Encyclopédie)

[5] concession

[6] Pâtis, pâturage où vont paître les troupeaux. Les troupeaux que la faim a chassés des bocages à pas lents et craintifs entrent dans les gagnages,    Champs ensemencés.    Terme de chasse. On dit que les bêtes vont au gagnage, quand elles vont chercher leur nourriture à certaines heures, dans les terres semées de grains ou chargées d'herbe.

[7] Grache : fumier très décomposé, graisse

[8] Il y a longtemps, il y a quelque temps

[9] Terme de féodalité. Seigneur qui avait des vassaux relevant de lui et payant pour leurs fiefs les droits dits droiture ou droitures.

[10] = bangards : garde-champêtres

 

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